Prévention des troubles musculo-squelettiques par l'analyse du mouvement

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L'entorse est une lésion traumatique de l'articulation par torsion. Le mouvement induit une amplitude de torsion anormale à l'origine d'une élongation, d'un arrachement ou d'une déchirure ligamentaire. La pathologie la plus fréquente est l'entorse de cheville avec un mécanisme forcé du mouvement d'inversion (voir image). 

L'artiste ressent immédiatement une douleur vive sur le siège de la lésion. Ensuite, un gonflement peut apparaitre et l'articulation devient chaude. L'impossibilité d'appuyer sur le pied sera très variable d'une entorse à l'autre.  

Chez des personnes très laxes, les entorses peuvent être fréquentes et devenir chroniques. Dans ce cas, la douleur et les conséquence fonctionnelle sont faibles. Mais, attention, car ces entorses chroniques peuvent être à l'origine d'autres pathologies. Il faut donc obligatoirement soigner l'articulation. 

Suite à un bilan qui permettra d'identifier la gravité des lésions, le traitement de base est constitué par du repos partiel ou complet, d'une éventuelle immobilisation et surtout d'une rééducation comprenant du renforcement musculaire et de la proprioception. C'est ce traitement long et parfois un peu ennuyeux qui sera la seule solution pour éviter d'autres entorses pouvant abimer l'articulation. 

D'un point de vue préventif, le travail de l'équilibre et de la force musculaire des articulations portantes limite l'apparition des entorses. 
La tendinite ou tendinopathie est une inflammation d'un tendon ou des structures annexes résultant d'une surcharge de travail ou d'une contrainte anormale.

Par exemple, lorsque l'artiste change de rythme de travail et répète particulièrement un geste, il est face à un nouveau niveau de contrainte pour le tendon. Dès lors, on parle de surcharge mécanique. Les causes les plus souvent citées sont: un matériel inadapté (chaussons, vêtements, ...), le type de sol, les mauvaises postures, les déséquilibres musculaires, les surcharges de travail et les modifications du geste. Un manque d'hydratation, les pathologies dentaires (carries), le dopage et les médications régulières sont aussi sources de risque pour les tendons. 

Dès lors, pour éviter les tendinopathies, il faut avant tout agir préventivement en essayant de limiter les surcharges de travail tout en respectant une certaine hygiène de vie. D'autre part, il faut apprendre à gérer les modifications dans le travail. Par exemple, lorsque le danseur change de chaussons ou de type de sol, il devra plannifier une période de travail moindre. De plus, lors de l'apprentissage d'un nouveau geste, il est indispensable de respecter une répétition non traumatique et progressive.

Les symptômes de la tendinopathie sont avant tout le gonflement, la douleur, la crépitation et la chaleur. Quatre stades doivent être distingués: le moins grave est caractérisé par une douleur post effort alors que pour le stade le plus grave, la douleur est permanente. La tendinopathie ne doit pas être ignorée car elle fragilise le tendon et peut être à l'origine d'une rupture tendineuse. 

Le traitement comprend du repos partiel, la mise en place de glace sur le tendon, mais, il doit impérativement comporter un bilan fonctionnel pour éliminer les causes de la pathologie. 
Les lésions musculaires regroupent de nombreuses pathologies allant du simple étirement à la rupture des fibres musculaires. C’est l’étendue de la lésion qui va déterminer la gravité de la pathologie.  

5 stades sont définis : 
1) Courbature – contracture (perturbations internes du muscle) 
2) Contracture – élongation (rupture de quelques fibres) 
3) Elongation – claquage (déchirure musculaire locale minime) 
4) Claquage – déchirure (lésions de plusieurs fibres et faisceaux) 
5) Déchirure – rupture (rupture des fibres musculaires et dégât du tissu conjonctif) 
 
L'origine de ces lésions est un mouvement brutal générant un travail musculaire important et soudain (exemple: sauts). Le manque d’échauffement, la fatigue musculaire et le travail excessif favorisent l'apparition de ces lésions. 
 
Les symptômes dépendent du stade de la lésion: 
• Stade 1 : contracture douloureuse 
• Stade 2 : douleur post-effort, contracture douloureuse 
• Stade 3 : douleur à l’effort, perte de force musculaire 
• Stade 4 : douleur aiguë à l’effort, arrêt immédiat 
• Stade 5 : douleur et impotence totale 
 
Etant donné le risque d'aggravation des lésions, il est très important de respecter un temps de récupération suffisant (stade 1 et 2) de 72h et de traiter efficacement quand cela est nécessaire (stade 3 et plus). 
 
La prévention de ces lésions passe avant tout par une bonne gestion du planning de travail (période de récupération, échauffement), de l'environnement de travail et d'une bonne hydratation.  
 
Le sur-entrainement est définit comme l’effort dont l’intensité, le rythme, la durée sont tels que les possibilités physiologiques (physiques et psychiques) d’adaptation et de réaction de l’organisme sont dépassées.  
 
Les causes sont principalement liées à des efforts trop intenses avec un manque de plages de récupération. L’origine est souvent un défaut de planification du rapport efforts – repos (par exemple : périodes intenses de spectacles).  
 
Les symptômes sont physiques, physiologiques et psychologiques. 
Sur le plan physique : 
- douleurs d’effort 
- ralentissement de la croissance 
- amaigrissement 
- micro-traumatismes chroniques 
 
Sur le plan physiologique : 
- mauvaise récupération 
 
Sur le plan psychologique : 
- troubles relationnels 
- troubles affectifs 
- troubles du sommeil 
- démotivation 
 
Le traitement  est essentiellement le repos, qui doit être suivi avec rigueur pour éviter des accidents plus graves.  
 
La prévention passe par une planification stricte et anticipée des cours de danse, des trainings et des spectacles, mais, également de toutes les activités hors danse.  
  
 L'hypermobilité acquise, grâce au travail de la souplesse dans le cadre de la pratique de la danse, doit être distinguée du syndrome d'hypermobilité articulaire (SHA) qui est inné. Il est défini comme des amplitudes de mouvement augmentées par rapport à des références prenant en compte l'âge, le genre et l'ethnie de l'individu. Dans la population générale, 1 personne sur 10 serait touchée par ce syndrome alors que la prévalence atteint 70% des danseurs et 40% des musiciens.  

 Le SHA implique des désordres génétiques au niveau des tissus (surtout collagène) induisant une plus grande vulnérabilité des ligaments, des muscles, des tendons, des os et de la peau. Chez les enfants, ce syndrome a pu être associé à des douleurs articulaires (74%), des déformations articulaires (10%), des douleurs rachidiennes (6%) et de la maladresse (48%). En revanche, aucune influence sur l'impact de la durée et de la fréquence des cours de danse n'a été observée. Chez les danseurs adultes, c'est une prévalence des pathologies arthrosiques au niveau des genoux, des chevilles et de l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil qui est observée. De plus, le SHA peut induire une augmentation de la douleur, des ruptures ligamentaires, des tendinopathies et des luxations. Certains effets bénéfiques ont pu être également identifiés, comme l’aisance pour l’apprentissage des activités artistiques ou encore l’augmentation de la densité osseuse.  

 La prévention chez un artiste atteint du SHA, passe par une attention particulière pour veiller à ne pas sur-développer l'hyperlaxité naturelle. Les mouvements avec une mobilité acceptable et non dangereuse pour les structures du corps devront être privilégiés. De plus, un travail musculaire de stabilisation des articulations et de développement de la proprioception aidera à limiter les conséquences de ce syndrome. Un suivi et un travail préventif précoce doivent aider le danseur à pouvoir pratiquer sont activité artistique dans les meilleures conditions possibles.  
Les différentes phases de développement de l’enfant et de l’adolescent constituent des périodes de vulnérabilité physique, mécanique, psychique et physiologique. Deux aspects doivent être dissociés: 1) la croissance, structurelle et quantitative, et 2) la maturation, fonctionnelle et qualitative. La croissance de l'individu est continue, mais, sa vitesse est variable dans le temps, car elle est modulée par l’interaction entre le milieu et l’hérédité. La régulation du développement est liée à des facteurs intrinsèques (génétiques, neuroendocriniens) et à des facteurs extrinsèques (alimentation, sommeil, activité physique,…), ainsi qu'au contexte psychologique et socio-économique de l'enfant. 
 Afin de respecter l’évolution naturelle de l’enfant, il est nécessaire de lui proposer une activité adaptée en fonction de l’âge et du développement psychomoteur, psychoaffectif et physiologique.  
Entre 2 et 5 ans, l’enfant devra suivre une activité sous forme d’éducation corporelle et artistique abordée par le plaisir et le jeu. Cette phase favorisera le développement psychomoteur afin de développer des qualités physiques de bases (coordination, contrôle postural, équilibre, latéralité, orientation spatiale et temporelle, anticipation) nécessaires à l’apprentissage de la pratique de la danse.  
A 6 – 7 ans, c’est une psychomotricité plus orientée qui doit être proposée tout en respectant le fait que l’enfant favorise un esprit de compétition mais ne supporte pas l’échec.  
A 8 - 12 ans, l’enfant est capable de soutenir un effort en vue d’un objectif précis. Il passe de l’initiation au perfectionnement de la pratique de la danse. C’est l’âge où l’enfant peut apprendre à gérer le stress si il est valorisé. L’intensité de l’activité peut être progressivement augmentée, mais, l’introduction d’une discipline complémentaire à la danse permettra d’éviter certaines pathologies directement liées au mouvement dansé (ex : escalade). C’est la période idéale pour travailler la souplesse et l’apprentissage d’une bonne hygiène (hydratation, échauffement, étirement,…). D'autre part, il faut limiter tous les exercices nécessitant un effort musculaire très intense.  
Au moment de l’adolescence, la croissance induit une perturbation du schéma corporel ainsi qu’une dysharmonie entre la longueur des os et la longueur des muscles. Dès lors, le danseur est souvent en phase de régression (particulièrement visible au niveau de la souplesse chez les garçons). Il est donc primordial de travailler sur le maintien des acquis, tout en évitant une sur-sollicitation mécanique. C’est très souvent un âge de remise en question et d’abandon, c’est pourquoi il faut rassurer l’adolescent lorsque ses performances sont moins bonnes, car, ce phénomène est temporaire et normal.  
 Afin de prévenir un retard de croissance, le jeune danseur devrait s’alimenter de manière spécifique en fonction de l’intensité de son activité physique et du risque de carences (en graisses principalement). Il est souvent difficile pour le danseur de manger équilibré dans les cantines et dans des conditions de contraintes horaires importantes. Cependant, une information nutritionnelle adaptée devrait permettre de responsabiliser l’adolescent face à ce problème et d’éviter l’impact d’une mauvaise alimentation. 
Définition 
La luxation est un déplacement anormal des extrémités osseuses d’une articulation entraînant une lésion aigue ou chronique d’instabilité. Cette pathologie entraîne une élongation, une déchirure ou une rupture des structures peri-articulaires (ligaments, capsule articulaire, tendons,…). 
 
 Le mécanisme à l’origine des luxations est soit direct (chutes, coups,…) soit indirecte (mouvements extrêmes). Lors de la luxation gléno-humérale, c’est principalement le mouvement d’élévation du bras avec une rotation externe qui est luxant. D'autre part, l’hyperlaxité favorise cette pathologie, d’autant plus lorsque la luxation est chronique car elle renforce l’hyperlaxité des structures péri-articulaires. 
 
Les symptômes aigus sont caractérisés par une douleur vive, un oedème, un gonflement et une articulation chaude. Les épisodes chroniques sont caractérisés par une appréhension lors des mouvements luxants et des douleurs chroniques. 
 
Traitement en phase aigue est un repos complet et une immobilisation. Le traitement à distance de la lésion ou lors d’une luxation chronique est basé sur le renforcement musculaire des muscles stabilisateurs de l’articulation et la proprioception. 
  
Le système musculo-squelettique s'organise autour de la posture qui est définie comme la position d'un ensemble de segment à un moment donné. Sur la base d'une représentation interne du corps (schéma corporel), une commande centrale aboutit à définir une position de référence à partir de laquelle interviendront des actions de correction chaque fois que l'individu s'en écartera. Cette régulation de l'équilibre dépend de 3 systèmes principaux: vestibulaire, visuel et proprioceptif. Toutefois, certaines personnes utilisent préférentiellement la vision pour s'équilibrer alors que d'autres utilisent la proprioception ou le système vestibulaire. 
 
 Les artistes sont particulièrement confrontés à cette régulation de l'équilibre car les conditions externes sont très variables (lumière, son, inclinaison de la scène, ...) et que les réactions "parachutes" de rééquilibration sont particulièrement inesthétiques lors d'un spectacle. Les danseurs et les comédiens utilisent préférentiellement la vision pour réguler l'équilibre, alors que les musiciens utilisent d'avantage le système vestibulaire et l'audition. Cette dominance à le désavantage de rendre moins adaptable l'artiste face à des conditions perturbées où il devra avoir recourt aux autres systèmes sensori-proprioceptifs moins entrainés et donc moins performants. Ainsi, l'équilibre est plus instable et peut générer des compensations à l'origine de troubles musculo-squelettiques dans un contexte de charge de travail très variable.  
 
 Pour prévenir l'apparition des blessures liées à l'instabilité, il est nécessaire que les artistes travaillent spécifiquement l'équilibre pour optimiser les régulations posturales en potentialisant la participation des différents systèmes sensoriels. Dès lors, pour un danseur ou un comédien, il faut réaliser des exercices en situations instables les yeux fermés afin de limiter la sur-utilisation du système visuel, ce qui permet de solliciter les systèmes vestibulaire et proprioceptif. En effet, l'homme est "un grand paresseux", ce qui induit que les exercices yeux ouverts ne feront qu'augmenter l'utilisation du système visuel au détriment des autres. L'environnement lors de ces exercices doit être variés (lumière, son, sols,...) afin de rendre les artistes les plus adaptables possibles face à de nouvelles conditions. Cette approche doit être réalisée dans des périodes plus calmes afin de ne pas augmenter la surcharge de travail. L'entrainement de l'équilibre améliore la répartition de l'utilisation des différents systèmes, la rapidité réactionnelle des corrections et leur qualité. Cette optimisation induit l'utilisation la plus économique possible des muscles pour contrôler l'équilibre et donc une diminution des contraintes tendineuses.